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Glossaire

Nous proposons un glossaire afin d’identifier les différents acteurs, lieux ou organisations que nous avons abordés au cours du documentaire et sur notre site Internet. Il est exhaustif mais se veut synthétique, et s’il déborde parfois des 50 dernières années de l’Algérie, traitées par notre documentaire, c’est afin d’apporter des éclairages sur des points incontournables qui ont une corrélation claire avec le laps de temps du documentaire. Ce glossaire et lexique se veut avant tout un support à la compréhension de la situation algérienne et n’a pas la prétention de refléter une thèse historique.

Tous les partis et organes politiques n’ont pas été répertoriés, nous n’avons retenu ici que les principaux ou ceux significatifs par rapport à notre documentaire, Mon Algérie et la vôtre.

Glossaire côté Algérien

Dey d’Algérie

Régent d’Alger avant la colonisation, il exerçait le pouvoir en tant que représentant du sultan de l’Empire ottoman, auquel le territoire de l’actuelle Algérie appartenait. En 1830, au débarquement des Français, c’est le dey Hussein Pacha qui assure cette régence.

ENA (1926-1937)

L’Étoile nord–africaine, fondée en 1926 par des immigrés algériens à Paris, prône d’abord des principes de laïcité et le respect des travailleurs maghrébins, sous l’impulsion de Hadj Ali Abd El Kader, membre du Parti communiste français (PCF). Dès 1927, Messali Hadj, lui aussi membre du PCF, prend les rênes et confirme une vision beaucoup plus indépendantiste, inspirée du nationalisme arabe et de l’Islam politique et égalitaire (la terre aux paysans, etc.). Il fait de l’abolition du Code de l’indigénat la base de son programme.

AML

Les Amis du Manifeste des Libertés était un des premiers partis indépendantistes organisés dans l’Algérie française de la Deuxième Guerre mondiale et de l’après-guerre. Lancé par Ferrat Abbas, comblant le trou politique laissé par Messali Hadj, en exil, et d’autres figures emblématiques emprisonnées ou tuées, il canalisait les contestations nationalistes. De mouvance socialiste, il promettait, dans une Algérie à classes, plus d’égalité et un meilleur partage des richesses. Bien que modéré à l’origine, ses provocations et défis envers les forces d’occupation françaises n’ont jamais cessé de croître, jusqu’à la violente réponse par les massacres de 1945 à Sétif et Guelma, notamment.

PPA (1937-1946)

Le Parti du peuple algérien constitue la renaissance de l’Étoile nord-africaine, interdite par le gouvernement du Front populaire français. Fondé en 1937 à Paris par Messali Hadj, il deviendra un parti interdit puis clandestin à partir de 1939. Capable de mobiliser des foules à Paris, sa base, et en Algérie, notamment pour faire libérer son chef lors de manifestation du 1er mai 1945, le PPA donne le mot d’ordre « pacifiste ». Mais à Alger, Oran, Blida, là où les forces policières interviennent, des tensions éclatent. À sa libération en 1946, Messali Hadj fonde le MTLD, le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques.

MTLD (1946-1954)

Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques est créé à la suite de la dissolution du PPA afin de participer aux élections à l’Assemblée nationale française. Dès 1950, les crises latentes déchirent le parti, Messali Hadj ne veut pas parvenir à l’indépendance par la lutte armée, le comité central ne veut pas lui accorder la résidence à vie du parti, et sa rétention en France n’arrange pas sa situation à l’interne, au MTLD en Algérie. Tandis que le CRUA donne naissance au FLN, le MTLD se scinde, d’un côté, les partisans d’une lutte armée rejoignent le FLN, de l’autre, les centristes et messalistes fondent le MNA, le Mouvement national algérien.

OS

L’Organisation spéciale est une branche armée du MTLD créée dès le premier congrès de celui-ci, en 1947.

CRUA

Le Comité révolutionnaire d’unité et d’action est composé dès mars 1954 par 9 leaders indépendantistes, dont Ahmed Ben Bella, le futur premier président. Il éclatera le 10 octobre 1954 quand certains de ses membres formeront le FLN, le Front de libération nationale.

FLN (1954-aujourd’hui) (ex CRUA)

Le Front de libération nationale est une force indépendantiste créée en 1954. Ce parti a joué un rôle historique tant lors de la guerre d’Algérie qu’après l’indépendance, en signant notamment les Accords d’Évian avec le général de Gaulle. C’est le parti auquel ont appartenu la plupart des présidents algériens élus depuis les 50 dernières années, d’abord dans un système à parti unique puis dans un système pluraliste. C’est d’ailleurs le parti de l’actuel président, Abdelaziz Bouteflika.

ALN

Faction armée du Front de libération nationale, l’Armée de libération nationale est composée de quelques milliers d’hommes qui ont lancé des offensives contre les intérêts européens aussi bien dans les villes que dans les campagnes et est généralement basée dans le maquis. Dotée d’un état-major, l’organisation se « professionnalise » au fur et à mesure du conflit. Le général Houari Boumediène, deuxième président algérien, faisait d’ailleurs partie de son état-major. Après l’indépendance, ces membres ont pu être soit démobilisés soit intégrés dans les forces de l’armée régulière algérienne.

MNA

Mouvement national algérien. Fondé en décembre 1954 par Messali Hadj, il s’oppose militairement au FLN et regroupe les messalistes plus modérés, ex-membre du MTLD, qui éclata en deux, FLN et MNA. La popularité croissante du premier va renforcer la marginalisation du parti de Hadj en France et en Algérie, et dès 1957, le FLN assoit sa domination sur les mouvances indépendantistes algériennes de part et d’autre de la Méditerranée.

GPRA (1958-1962)

Le Gouvernement provisoire de la République d’Algérie est présenté depuis Le Caire, en Égypte, et son président, Ferrat Abbas, expose ses principaux objectifs, dont celui d’exposer à la France un interlocuteur stable et institutionnel pour négocier ainsi que celui de doter l’Algérie d’institutions politiques fonctionnelles prêtes à diriger le nouveau pays une fois l’indépendance obtenue. Trois de ses anciens membres, Ferrat Abbas, Rabah Bitat et Mohammed Boudiaf seront élus présidents de l’Algérie après l’indépendance.

ANP

L’Armée nationale populaire est composée à l’origine de bon nombre d’indépendantistes armés de l’ALN démobilisée. En tête du mouvement tiers-mondiste, où l’Algérie fait figure d’exemple dans la lutte anticoloniale, son gouvernement d’inspiration socialiste et son armée sont soutenus par le bloc soviétique. Mais des conflits, notamment avec son voisin marocain, maintiennent une certaine instabilité frontalière et politique, lui conférant par là même un rôle prépondérant même après l’indépendance.

UDMA (1946-1954)

L’Union démocratique du Manifeste algérien est l’incarnation du courant indépendantiste modéré, dont la tête de file est Ferrat Abbas. Ce dernier considère que la séparation avec la France ne doit pas signifier une rupture totale des relations une fois l’indépendance proclamée. Son parti sera lui aussi avalé par la vague FLN, qui séduit une population jeune toujours plus importante et finit par englober les autres fractions indépendantistes.

CNRA (1956- 1962)

Conseil national de la révolution algérienne, est créé après un énième déchirement entre les partisans de l’indépendance. Le CNRA est créé par des membres de l’OS, des centristes, après un différend au sein du MTLD en 1954 mais il ne prend le nom de CNRA qu’au congrès de la Soummam en 1956. Pendant toue la guerre, il est le centre de contôle politique et militaire des opérations indépendantistes et est alors supérieur au FLN. Parmi ces membres principaux, on retrouve Ali Kafi, Mohammed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Krim Belkacem, Ahmed Ben Bella, Rabah Bitat et Ferhat Abbas.

Congrès de la Soummam (20 août 1956)

De la vallée où il a eu lieu, ce congrès entre les principaux dirigeants du FLN est le pilier de leurs actions après 1956 pour le reste de la guerre et après l’indépendance. Des divisions apparaissent, notamment les partisans d’une ascendance des troupes révolutionnaires restées au pays versus les exilés, du politique sur le militaire, etc. Les Français ont mis plus de neuf mois à savoir que cet important congrès avait eu lieu. Succès contre l’occupant, il ne règlera pourtant pas les luttes intestines, notamment sur la question militiaire, et d’ailleurs, un de ses principaux instigateurs, Amane Ramdane sera tué par ses frères d’arme l’année suivante.

FIS (1989-1992)

Le Front islamique du salut a remporté les élections de 1992, mais l’armée a renversé ce parti ultraconservateur qui souhaitait ramener l’Algérie sur une voie plus islamique. À la suite de ces élections, le pays s’est enfoncé dans une guerre civile de 10 ans, la Décennie noire. Certains analystes et historiens avancent que cette radicalisation a été portée par le retour d’Afghanistan d’Algériens partis pour combattre l’URSS aux côtés des talibans.

Décennie noire

Lors des élections de 1991, l’armée, sur les ordres du gouvernement en place, devant la victoire anticipée des islamistes du FIS, empêche les élections. La réponse de ces derniers sera d’une violence inouïe, étendue à tout le pays, alors plongé dans un climat de terreur. Les intellectuels, hommes et femmes, sont particulièrement visés par les islamistes, mais tous ceux et surtout celles qui refusaient d’exposer leur foi musulmane étaient aussi des cibles potentielles. Si on ignore toujours le nombre exact de morts, 60 000 à 150 000, on sait que toute une génération d’enfants est restée traumatisée. Certains analystes estiment que si l’Algérie n’a pas connu son « printemps arabe de 2011 », contrairement à l’Égypte, à la Tunisie ou à la Libye, c’est en partie parce que sa population, qui a elle aussi connu 20 ans plus tôt un retour en force des islamistes dans les urnes puis par les armes, ne souhaite plus voir ces mouvements sociopolitiques confisquer la relative paix sociale qu’elle a retrouvée depuis peu et mettre en péril son lent redémarrage économique et touristique.

Glossaire côté Français

Pieds noirs

La définition est loin de faire l’unanimité : elle varie au sein même groupe de personnes désignées par cette appellation, mais aussi selon les sociologues et les historiens. Au sens très large, il pourrait définir les Français et Européens nés dans ce qui était « l’Afrique du Nord française », à savoir le Maroc et la Tunisie jusqu’à leur indépendance en 1956, et l’Algérie jusqu’à 1962, et qui ont été rapatriés en métropole. Cette distinction séparait ainsi en deux groupes les « Français de France » et les « Français d’Afrique du Nord ». Mais cette appellation est souvent revendiquée comme exclusive aux Français (d’origine française ou européenne, mais naturalisés Français) d’Algérie. En effet, cette dernière avait un statut de département français, contrairement à la Tunisie et au Maroc, qui n’étaient que des protectorats. Il est à noter cependant que si aujourd’hui cette appellation est revendiquée par les Français nés au Maghreb, en « Afrique du Nord française », comme élément d’identification à un passé commun, un déracinement partagé, une France commune qui n’existe plus, elle n’était pas connue en Algérie avant le milieu des années 1950.

FAF

Le Front pour une Algérie française était un parti politique anti-indépendantiste qui a très vite recueilli un important soutien auprès d’une population européenne et des sympathisants autochtones, mais ses actions particulièrement violentes, manifestations, assassinats, etc. ont fait que le gouvernement français l’a interdit en décembre 1960, quelques mois à peine après sa création.

OAS (1960-1962)

L’Organisation armée secrète est un organe armé clandestin anti-indépendantiste créé pendant la guerre d’indépendance, extrêmement violent, qui utilise des méthodes de sabotage, d’assassinat ciblé et de terrorisme. L’OAS se radicalise avec la volonté du général de Gaulle de laisser aller l’Algérie vers son indépendance. Se sentant trahis et délaissés, certains colons et militaires se constituent alors en milice visant au départ exclusivement les populations autochtones algériennes puis les Européens jugés trop « mous » face aux velléités d’indépendance du FLN et de la population locale. L’OAS frappe en Algérie et en France, et tandis que le 5 juillet 1962 est jour de fête à Alger, Oran baigne dans le sang, dernier pied de nez désespéré de l’OAS aux indépendantistes vainqueurs.

Manifeste des 121

Lettre ouverte signée le 6 septembre 1960 par 121 intellectuels, écrivains, fonctionnaires, « Français de France » qui ne cautionnaient pas la guerre d'indépendance, la torture, la négation à l'autodétermination dans un contexte international où les empires coloniaux tombent partout en lambeaux. Ce manifeste accuse l'armée d'entretenir une guerre dont personne ne veut, ni Français ni Algériens pour leur grande majorité, et de ne trouver appui qu'auprès d'une minorité. Parmi les signataires, des noms connus se bousculent, Sartre, de Beauvoir, Duras, Breton, etc. La censure de l'État et le boycottage médiatique très fort s'expliquent par un contexte très tendu à l'égard de ces 121 : le manifeste paraît alors que se tient un procès contre le « réseau Jeanson », un groupe de jeunes devenus sympathisants du FLN depuis la métropole et pour lequel le gouvernement voulait une condamnation dissuasive.

Accords D’Évian

Accords signés entre le FLN et le président français Charles de Gaulle le 18 mars 1962 et qui prévoient un référendum d’autodétermination quant à l’indépendance de l’Algérie, la libération des prisonniers ainsi que l’organisation de la période de transition. Du côté algérien, on parle du GPRA, mais le gouvernement français ne reconnaissait alors que le FLN comme acteur algérien pour mener les négociations.

Mots communs tirés de l'arabe

Bled

Au Maghreb ce terme servait à parler de « l’intérieur des terres » en opposition au littoral. Par extension, aujourd’hui, en France, « bled » signifie patelin, petit village.

Douar

De l’arabe « duwwar », campement de tentes en cercle au départ utilisé par les nomades qui parcouraient le Maghreb avec leurs troupeaux. Ce terme a servi à déterminer une division administrative sous l’occupation française et par extension à désigner des villages ou hameaux.

Fellah

Paysan ou petit propriétaire pauvre dans les pays arabes.

Fellagha

Terme utilisé pour parler des résistants algériens et tunisiens qui s’étaient rebellés contre la puissance coloniale française.

Harkis

Combattants algériens qui s’étaient rangés du côté de la France dans la guerre d’indépendance. Ce mot vient de l’arabe « harka », mouvement. Le terme, au départ réservé aux soldats, s’est peu à peu étendu aux civiles pour signifier « qui a collaboré avec les Français ».

Maghreb

Le Maghreb, qui signifie « le Couchant »  en arabe, regroupe les trois pays Maroc, Algérie, Tunisie. On parle aussi parfois du grand Maghreb, incluant la Mauritanie et la Libye. Cet ensemble culturel se distingue de l’Afrique par sa culture arabe et une forte imprégnation berbère. Il ressemble davantage au Machrek grâce à la langue arabe et la culture islamique.

Moudjahed ou Moudjahid (pluriel : Moudjahidine)

« Celui qui fait le Djiad », la Guerre sainte, « moudjahidine » définit les combattants de divers mouvements de libération nationale dans les pays arabes. En Algérie, la loi reconnaît comme moudjahid toute personne ayant participé aux événements de la Toussaint rouge ou fait partie de l’ALN durant la guerre d’indépendance.

Moussebel (pluriel : Moussebline)

Le terme désigne les combattants qui avaient rejoint des formations paramilitaires, aussi bien urbaines que rurales.

Wilaya

Division administrative en Algérie.

Pour aller plus loin, suggestions de lecture

BERSTEIN, Serge/MILZA, Pierre, Histoire de la France au XXe siècle, Bruxelles : collection Tempus, édition Complexe, Librairie académique Perrin, tomes 1, 2 et 3

HARBI, Mohammed/MEYNIER, Gilbert, Le FLN : documents et histoire, 1954-1962, édition Fayard, 2004, 898 p.

PALMADE, Robert/MABROUX, Dora, 1962 : la France m’a oublié, Bachari, 2006, 182 p.

SAVARESE, Éric, L’Algérie dépassionnée : au-delà du tumulte des mémoires, collection Histoire-Enjeux et débats, édition Syllepse, 2008, 214 p.

STORA, Benjamin/BOYER, Christian, Bibliographie de l’Algérie indépendante 1962-2010, édition CNRS, 2011

STORA, Benjamin, Les mots de la guerre d’Algérie, Toulouse : Presses universitaires du Mirail, 2005, 127 p.